1. Pourquoi ai-je besoin d'un frottis de dépistage
?
Le cancer du col est un cancer évitable. En effet, à
la différence des autres sites de l'organisme, il est
possible de détecter très précocement les
lésions qui pourraient évoluer en cancer. Pris
en charge et traité à un stade précoce
d'anomalies à risque seulement, il est toujours possible
d'éviter le développement d'un cancer. Nous disposons
aujourd'hui de techniques de dépistage sophistiquées,
en particulier le test HPV, qui permettent de garantir aux patientes
une protection quasi totale contre ce cancer.
Chez les femmes vaccinées, le dépistage doit se
maintenir car elles présentent toujours un risque d'être
exposées à d'autres types d'HPV que ceux contenus
dans le vaccin.
2. Qu'est-ce que le frottis ?
Le frottis est un test de dépistage qui permet le prélèvement
des cellules à la surface du col. Les cellules sont alors
examinées sous microscope. Selon l'aspect de ces cellules,
on pourra alors dire si le col est normal, s'il présente
une infection ou des anomalies pouvant correspondre à
des lésions appelées dysplasies (2 % des femmes
chaque année), ou s'il évoque un cancer du col
(chaque année, environ une femme sur 10 000 est concernée
par le cancer du col en France). Le frottis de dépistage
est un test assez performant pour détecter les cellules
anormales du col, mais sa fiabilité n'est pas de 100
%. Même si le test a été pratiqué
correctement, il y a un petit risque pour que le résultat
soit étiqueté " normal " alors que les
anomalies sur le col existent. C'est la raison pour laquelle
il est très important d'avoir un frottis de dépistage
à un rythme régulier toute la vie durant (fréquence
à déterminer selon les indications du gynécologue),
et ce pour ne pas méconnaître d'éventuelles
anomalies qui auraient pu être occultées au précédent
frottis.
3. Quelles sont les femmes qui doivent être
testées ?
Toutes les femmes âgées de 20 à 70 ans doivent
se soumettre au dépistage du cancer du col parce que
justement les lésions précancéreuses du
col utérin ne s'accompagnent d'aucun symptôme.
Il est fondamental de comprendre que pour être protégée
du cancer du col, le dépistage doit être pratiqué
à un rythme régulier. Le test de dépistage
est proposé à toutes les femmes, en tout cas à
toutes celles qui ont déjà eu des rapports sexuels.
Chez les jeunes filles dont l'activité sexuelle a démarré
tôt, le test de dépistage peut être pratiqué
avant l'âge de 20 ans. Après la ménopause,
il faut continuer à pratiquer des frottis, que vous preniez
ou non un traitement hormonal de substitution. Après
une hystérectomie, le frottis du vagin doit être
poursuivi à un rythme espacé.
4. Comment pratique-t-on le frottis ?
Le prélèvement est assuré à l'aide
d'une spatule ou d'une brosse adaptée aux dimensions
et à l'aspect du col. Ce prélèvement consiste
à racler la surface du col, en particulier la zone la
plus sensible où se développent les anomalies
appelée " zone de transformation ", et qui
se situe le plus souvent entre l'orifice du col et la partie
extérieure du col. Les cellules ainsi prélevées
sont alors étalées sur une lame et fixées.
La lame est ensuite envoyée au laboratoire pour la lecture.
5. Le frottis de dépistage : Par qui
? Quand ? Comment ?
Le frottis est en général pratiqué par
un médecin, votre gynécologue le plus souvent,
mais peut aussi être fait par votre généraliste.
Pour cela, on utilise un spéculum qui permet d'écarter
les parois vaginales et d'accéder au fond du vagin sur
une zone en relief bombée qui s'appelle le " col
de l'utérus ". Pour réaliser ce test, il
est recommandé d'éviter la période des
règles ou de saignements intercurrents, d'éviter
les douches vaginales ou l'application de crèmes ou d'ovules,
de gels ou de tampons deux jours avant le test, et d'éviter
également d'avoir des rapports sexuels deux jours avant
le frottis.
Durant votre consultation, votre examen se déroulera
sur une table gynécologique. Le médecin utilisera
le spéculum pour accéder à votre col. Cet
examen n'est pas douloureux et dure moins de deux minutes. Il
est recommandé de vous détendre afin de ne pas
contracter vos muscles du vagin, ce qui rendrait l'examen difficile.
6. Comment classe-t-on les frottis ? La terminologie
en vigueur
* La terminologie de Papanicolaou
En " inventant " le frottis, Papanicolaou créa
aussi une classification des cellules autrefois utilisée
par tous les laboratoires. Aujourd'hui, bien qu'encore employée,
elle se fait plus rare.
- La classe 1 correspond à l'absence de cellules anormales.
- La classe 2 signifie que l'examen montre des cellules atypiques
mais sans signe de malignité. Très fréquente,
comme la Classe 1, elle
correspond en fait à des prélèvements
inflammatoires (le col utérin est couramment le siège
d'une petite inflammation sans gravité).
- La classe 3 constate également des cellules atypiques
mais en suggérant qu'il pourrait s'agir d'une "
pré-malignité ".
- La classe 4 suggère plus fortement cette présomption
de malignité.
- La classe 5 affirme la présence de cellules malignes.
* La terminologie de l'OMS
Les connaissances, en progressant, ont quelque peu dépassé
la terminologie de Papanicolaou.
L'OMS avait souhaité réactualiser les classifications.
Selon cette terminologie, les anomalies sont vues en termes
de dysplasies, c'est-à-dire de modifications de l'aspect
des cellules. La méthode d'analyse permet également,
en observant les cellules desquamées évacuées
à partir de toute l'épaisseur du col utérin,
d'évaluer l'importance des anomalies au sein de la muqueuse
du col. L'analyse des cellules est donc qualifiée ainsi
:
- Absence de dysplasie.
- Dysplasie légère : elle signifie que les cellules
" anormales " se situent dans le tiers inférieur
de la muqueuse du col.
- Dysplasie moyenne : les anomalies occupent les deux tiers
inférieurs de la muqueuse du col.
- Dysplasie sévère : toute l'épaisseur
de la muqueuse du col présente des cellules anormales.
* La terminologie de Bethesda
C'est la plus récente des terminologies et celle qui
est recommandée. Elle a été définie
par le National Cancer Institute (Institut américain
du cancer) situé à Bethesda près de Washington,
et distingue :
- Frottis normal : absence de cellules anormales.
- Frottis ininterprétable : en clair, cela signifie que
le prélèvement est " parasité "
par des microbes, une infection, une inflammation, trop de sang,
ou encore qu'il ne comporte pas comme il le devrait un
échantillon cellulaire complet, recueilli sur différentes
parties du col.
- Frottis d'interprétation incertaine (aussi nommé
ASC-US) : cela indique que les cellules sont bénignes
ou dysplasiques sans indications
supplémentaires.
- LSIL (Squamous Intraepithelial Lesion) ou SIL de BG (bas grade)
ou CIN (Cervical Intraepithelial Neoplasia) de BG : dysplasie
légère et/ou à
présence de condylome. La présence des HPV
est objectivée par les koïlocytes (cellules remplies
de virus) avec, éventuellement (c'est alors
précisé sur le compte rendu), une dysplasie
légère, c'est-à-dire une anomalie des cellules
situées dans le tiers inférieur de l'épithélium.
- HSIL ou CIN de HG (haut grade) inclut les dysplasies moyennes
ou sévères : les lésions sont plus étendues
mais toujours bénignes. Les
anomalies des cellules siègent dans les deux tiers
ou la totalité du revêtement epithélical.
On y retrouve aussi des stigmates de l'infection à
papillomavirus.
- Anomalies des cellules glandulaires : une partie du prélèvement
doit relever des cellules sur la muqueuse interne du col appelée
épithélium
glandulaire. Une dysplasie située dans ce site
est spécifiquement mentionnée sur le résultat
du frottis.
7. Que se passe-t-il après le frottis
?
Une fois le frottis réalisé et les résultats
envoyés par le laboratoire, il est important que votre
médecin vous commente vos résultats. Programmez
alors votre prochaine consultation pour la réalisation
du prochain frottis.
Lorsque le frottis est normal et s'il n'y a pas d'antécédent
particulier, un rythme de deux ans est en général
suffisant.
Si votre frottis comporte des modifications mineures (ASC-US)
des cellules, votre médecin pourra vous proposer les
options suivantes :
- répéter le frottis six mois plus tard pour réévaluer
votre col ; s'il est toujours perturbé, il recommandera
une colposcopie ; s'il est négatif, il répétera
le frottis six mois plus tard ;
- ou pratiquer un test viral HPV (examen pris en charge par
la Sécurité sociale) pour clarifier les résultats
du frottis et préciser votre profil de risque ; s'il
est positif, il vous orientera en colposcopie ; s'il est négatif,
il vous proposera un contrôle à un an ;
- ou pratiquer un examen au microscope du col appelé
colposcopie et réaliser à cette occasion un prélèvement
de la zone anormale de votre col appelé biopsie.
Si votre frottis comporte des anomalies évidentes ou
majeures (bas grade ou haut grade), une colposcopie sera proposée
d'emblée.
8. Que se passe-t-il si le frottis n'est pas
satisfaisant ?
Lorsqu'on ne retrouve pas sur le frottis des cellules de la
zone de transformation du col (cellules glandulaires ou cellules
métaplasiques), on peut supposer que le prélèvement
n'a pas été réalisé convenablement
sur cette zone de transformation. D'autre part, lorsque le frottis
présente une inflammation importante ou beaucoup de mucus
pouvant fausser l'interprétation, on peut supposer que
la lecture a pu être gênée. Dans ces cas-là,
on dit que le frottis n'est pas satisfaisant. Il convient alors
de répéter le frottis afin de le réaliser
dans de meilleures conditions.
9. Qu'est-ce qui provoque les modifications
des cellules du col détectées au frottis ?
Les papillomavirus (HPV) provoquent la majorité des modifications
des cellules du col. L'infection à papillomavirus est
très courante chez beaucoup d'individus. En général,
le virus est transmis à l'occasion des rapports sexuels
ou par contact. Une des zones les plus vulnérables à
ces virus est la zone de transformation du col.
Toutes les modifications des cellules du col ne sont pas forcément
anormales. Les anomalies liées au risque évolutif
sont les seules où l'on retrouve des papillomavirus.
Si le test HPV est négatif, il n'y a pratiquement pas
de risque de développer une dysplasie marquée
du col - sous réserve que cette négativité
se maintienne pendant plusieurs mois. Si le test revient positif,
on peut considérer alors les modifications des cellules
du frottis comme réellement anormales et envisager à
ce moment-là une colposcopie et un traitement adéquat.
La présence d'HPV n'est pas un signe de gravité,
mais simplement le témoin d'un processus le plus souvent
bénin à prendre en compte pour une prise en charge
adaptée. Dans tous les cas, même si le test HPV
est négatif, il faut poursuivre le dépistage à
un rythme régulier.
10. En pratique que faut-il faire selon les
résultats ?
Quelle que soit la terminologie utilisée, le résultat
d'un frottis ne représente qu'une évaluation réalisée
à partir de cellules ramassées à la surface
du col qui évoquent, à distance, la réalité
de la composition cellulaire de la muqueuse. Cet examen ne donne
donc pas toujours une image exacte de la réalité
des lésions. Il sert d'alerte. Au gynécologue
de l'interpréter et de le faire éventuellement
confirmer par des examens complémentaires.
Les frottis normaux ou légèrement inflammatoires
signifient qu'il n'existe maintenant aucun risque. Le prochain
contrôle s'effectuera dans un délai de un à
trois ans.
S'il est difficile à interpréter ou comporte un
très grand nombre de cellules sanguines ou de microbes,
ou encore s'il ne présente pas un échantillon
de toutes les cellules (ces détails peuvent être
déduits à partir de tous les résultats
de frottis par le gynécologue), il faut impérativement
renouveler le prélèvement dans trois à
six mois. Auparavant, on aura soigné les parasites ou
microbes qui gênent l'interprétation. On peut avoir
à traiter une mycose par exemple ou, chez une femme ménopausée,
proposer un traitement à base d'estrogènes pour
corriger la présence de cellules modifiées par
la carence hormonale. Lors du frottis de contrôle, le
médecin devra s'attacher à ramasser suffisamment
de cellules sur tout le col afin que l'échantillon soit
le plus complet possible.
Les frottis avec atypies de nature mal définie (ASC-US
selon la terminologie de Bethesda) sont des frottis où
l'on ne peut se prononcer sur la nature exacte des choses. Le
plus souvent, il s'agit de modifications des cellules réactionnelles
qui ne correspondent à aucune anomalie sérieuse.
Plus rarement, il s'agit d'une dysplasie.
Pour trancher, il peut être possible de proposer un test
viral HPV. L'absence d'HPV à risque exclut, avec une
quasi-certitude, l'existence d'une lésion, et permet
de rassurer définitivement la patiente. Dans ce cas,
il n'est pas nécessaire d'avoir recours à d'autres
examens. En revanche, la présence d'HPV à risque
justifie de pratiquer une colposcopie (examen à la loupe
du col qui permet de faire des prélèvements ou
biopsies sur les zones concernées).
On peut également proposer de pratiquer d'emblée
une colposcopie, mais cette technique demande une certaine expérience
pour être performante.
Les lésions de bas grade ou dysplasies légères
régressent spontanément dans environ 50 % des
cas. Parfois, il suffit d'attendre six mois pour confirmer ce
diagnostic par un second frottis. Il est souvent préférable
de proposer une colposcopie d'emblée car ces anomalies
peuvent correspondre à des lésions plus sévères.
Si elles n'ont pas disparu, elles sont susceptibles d'évoluer
vers une lésion à risque.
La colposcopie permet d'observer à la loupe le col de
l'utérus et sa muqueuse et d'effectuer un prélèvement
(biopsie), toujours sous microscope, des lésions situées
sur les sites adéquats. L'analyse de la muqueuse donne
un reflet exact de la composition cellulaire.
Les lésions de haut grade ou dysplasies moyennes à
sévères confirmées par la biopsie, sous
colposcopie, seront traitées selon un protocole adapté.
Dans tous les cas, le gynécologue adapte sa stratégie
thérapeutique pour éviter l'évolution vers
un cancer, avec une efficacité proche des 100 %.
11. À quel rythme pratiquer le frottis
de dépistage ?
Il n'existe pas de consensus sur le rythme auquel on doit pratiquer
les frottis.
Dans les pays nordiques, où le dépistage est systématique,
il existe un contrôle de qualité des frottis (double
lecture). Les chiffres montrent que, pratiqué tous les
trois ans, il permet une diminution de l'incidence du cancer
du col de 91 %. Effectué tous les ans, ce chiffre est
de 93 %.
En France, les gynécologues sont favorables à
un rythme laissé à leur appréciation selon
les facteurs de risque de la femme. Parmi ceux-ci, on peut noter
des infections génitales répétées
(salpingite, chlamydia), la présence de condylomes, la
précocité des rapports sexuels, la multiplicité
des partenaires, le tabagisme...
II. VOTRE FROTTIS
ÉVOQUE UNE DYSPLASIE Dr
J. MONSONEGO
1. Qu'est-ce qu'une dysplasie ?
Une dysplasie est une lésion du col utérin caractérisée
par la présence de cellules anormales et bénignes,
parfois à risque, selon son grade. Si toutes ne présentent
pas le même risque d'évolution, certaines dysplasies,
en l'absence de traitement ou de dépistage, sont susceptibles
d'évoluer.
2. Sait-on ce qui les provoque ?
L'influence des facteurs sexuels (précocité des
rapports, partenaires multiples), soupçonnée depuis
longtemps, s'est trouvée confirmée par la mise
en cause de certains types de papillomavirus appelés
HPV. Toutefois, on peut aussi être exposé au virus
avec un partenaire fixe.
De récentes études ont, en effet, établi
qu'une infection par ces virus est associée à
la quasi-totalité des dysplasies avancées. Le
processus évolutif peut intervenir des années
après la contamination virale. Cependant, toutes les
femmes exposées aux virus ne développent pas de
dysplasie et le plus souvent, grâce au système
immunitaire, elles éliminent le virus naturellement.
Il n'y a pas de population à risque bien définie
: une vie sexuelle stable est suffisante pour être exposée
au virus. Le développement des lésions à
papillomavirus est essentiellement dû à la tolérance
face à ces virus, propre à chacun, et à
une immunité suffisante ou non ; les femmes sont inégales
face aux HPV. On estime le rapport cancer/infection à
1/20. Dans tous les cas, le risque de cancer ne concerne que
les femmes qui échappent au dépistage. Celles
qui sont suivies et, le cas échéant, traitées,
ne présentent pas de risque.
3. Existe-t-il des symptômes révélateurs
?
Au stade de dysplasie, une lésion du col de l'utérus
ne se traduit par aucun symptôme. Et c'est bien ce qui
rend cette menace aussi sournoise. Douleurs, saignements en
dehors des règles, qu'ils soient spontanés ou
déclenchés suite aux rapports, pertes vaginales
sont des signes tardifs mais caractéristiques d'un précancer,
voire d'un cancer du col. D'où l'importance du dépistage.
4. Comment les dépiste-t-on ?
Le dépistage comporte plusieurs étapes dont la
première est le frottis cervico-vaginal. Pratiqué
à l'occasion d'un examen gynécologique, il consiste
à prélever des cellules à la surface du
col utérin. Pour être efficace, ce geste simple
et indolore n'en doit pas moins être parfaitement exécuté.
À l'aide d'un instrument adapté, le médecin
exerce une rotation pour balayer complètement la zone
à explorer. Le prélèvement est alors étalé
sur une lame de verre, fixé et adressé au laboratoire
d'analyses. Le dépistage par frottis n'est performant
que s'il est réalisé régulièrement
sans discontinuer de 20 à 70 ans.
Si le frottis révèle des cellules suspectes, la
colposcopie permet alors au gynécologue d'observer, grâce
à une loupe, la muqueuse éventuellement traitée
au préalable par une solution d'acide acétique
et d'iode qui colore les zones anormales. Une biopsie peut être
pratiquée au cours de l'examen. La biopsie étant
un geste diagnostique, elle ne signifie pas une suspicion de
cancer.
En cas d'anomalie discrète du frottis (découverte
d'un ASC-US ou de lésion de bas grade), il peut être
difficile d'affirmer avec certitude si l'on se trouve ou non
face à une lésion à potentiel évolutif.
Dans ce cas, un dépistage renforcé par le test
HPV peut permettre de lever le doute. Celui-ci consiste à
détecter l'ADN des papillomavirus (et parmi eux, celui
des types " à risque " impliqués dans
la genèse des cancers). La capacité de ce test
à détecter les lésions de haut grade (précancéreuses)
est proche de 95 % (contre 70 % pour le frottis), mais surtout,
l'absence de papillomavirus dans un frottis donne à 98
% la certitude que la femme examinée n'est pas porteuse
d'une dysplasie. Le test HPV positif invite à la vigilance
; négatif, il permet de rassurer durablement.
5. À qui s'adresse ce dépistage
?
Les recommandations actuelles proposent de démarrer les
frottis vers 20 ans. Si les deux premiers frottis, réalisés
à un an d'intervalle, se révèlent normaux,
les suivants seront échelonnés tous les trois
ans jusqu'à 65 ans. À cet âge, et à
condition que la femme n'ait pas d'antécédent
de frottis anormal, on considère que le dépistage
peut être suspendu.
Ces consignes ne sont cependant qu'indicatives, le médecin
restant libre de les adapter. En cas d'activité sexuelle
précoce, il peut être souhaitable de réaliser
un premier frottis avant 20 ans. Chez les femmes qui ont des
partenaires multiples et qui présentent des antécédents
de condylomes, ou chez les fumeuses (il est prouvé que
le tabac majore le risque de dysplasie), des contrôles
plus rapprochés peuvent se justifier.
6. Comment lire les résultats de son
frottis ?
La France s'est longtemps référée à
la nomenclature de Papanicolaou (père de la technique
mise au point dans les années 1950). Elle a récemment
adopté la classification américaine qui distingue
:
- des frottis " ASC-US " correspondant à des
atypies mineures ou mal définies ;
- des frottis " ASC-H " où les atypies n'excluent
pas une lésion de haut grade ;
- des lésions intra-épithéliales ou de
" bas grade ", ou dysplasies légères
;
- des lésions de " haut grade ", ou dysplasies
moyennes à sévères ;
- des frottis " AGC " suspectant une lésion
glandulaire.
Cette terminologie, plus rationnelle, présente aussi
l'intérêt de pouvoir juger de la bonne de qualité
de l'examen. Selon qu'il correspond ou non aux critères
de bonne pratique, le frottis est validé ou, à
l'inverse, étiqueté " sous-optimal "
(donc à refaire).
7. En cas d'anomalie, quelle est la stratégie
?
Lorsqu'un frottis révèle une anomalie, il doit
être complété par une colposcopie qui permet
de mettre en évidence la " zone de transformation
" du col et d'effectuer un prélèvement en
cas d'anomalie.
En fonction du type de dysplasie et de son extension, le traitement
peut être une destruction locale (vaporisation au laser,
cryothérapie...) ou chirurgicale (conisation). Dans cette
hypothèse, il est rassurant de rappeler que la résection
de la zone de transformation du col de l'utérus ne compromet
pas une éventuelle future grossesse.
Lorsque le frottis est ASC-US, la colposcopie peut n'être
proposée que si le test HPV est positif.
8. En quoi consiste le suivi ?
La destruction de la lésion neutralise en principe tout
risque d'évolution. La surveillance gynécologique
sera simplement renforcée pour vérifier l'absence
de récidive. Ce suivi peut comporter un frottis ou un
test HPV. La colposcopie est l'examen de référence
qui permet d'exclure toute récidive.
9. Les outils du dépistage évoluent-ils
?
Plusieurs pas importants ont été franchis ces
dernières années. L'introduction du frottis "
en phase liquide " en est un premier. Le prélèvement
n'est plus étalé directement sur une lame mais
préalablement mis en suspension. Cette étape permet
d'éliminer les éléments " perturbateurs
" (globules rouges, globules blancs, mucus...) pour ne
garder que les cellules de l'épithélium à
analyser qui seront déposées - innovation complémentaire
- en couche très mince sur leur support. Le cytopathologiste
peut ainsi faire une lecture plus aisée d'un échantillon
de très bonne qualité. Cette phase liquide peut
aussi servir de base à d'autres analyses, comme le test
HPV, dont la banalisation, liée aux perfectionnements
des techniques de laboratoire, représente un autre progrès
réel.
10. Dispose-t-on d'une prévention ?
La mise sur le marché d'un vaccin suscite de réels
espoirs de se protéger contre la maladie. Proposée
avant les premiers rapports, la vaccination HPV interfère
très précocement avec les virus HPV contenus dans
le vaccin pour les neutraliser et les éliminer dès
qu'ils arrivent à la surface du col. Les vaccins sont
conçus comme une action de prévention complémentaire
au dépistage.
III. VOUS ALLEZ
PRATIQUER UNE COLPOSCOPIE Dr
J. MONSONEGO
1. Qu'est-ce que la colposcopie ?
La colposcopie est l'examen du col de l'utérus à
l'aide d'un microscope grossissant appelé " colposcope
". La colposcopie est recommandée pour examiner
le col à la suite d'un frottis anormal ou de la présence
d'une infection à HPV qui persiste. Elle permet aussi
l'exploration du vagin et de la vulve.
Si le frottis est un bon test de dépistage, la colposcopie
permet de visualiser d'éventuelles lésions sur
le col, le vagin ou la vulve, et de permettre de faire des prélèvements
de tissus anormaux appelés " biopsies ". L'analyse
au laboratoire de ces fragments de tissus anormaux permet d'établir
un diagnostic définitif et d'envisager un traitement
approprié.
2. Quelle préparation est nécessaire
avant la colposcopie ?
La colposcopie ne peut pas être pratiquée pendant
les règles ou en cas de saignements. Si vous êtes
tendue, prenez contact avec votre médecin qui vous prescrira,
avant l'examen, un décontractant qui facilitera l'examen.
Cependant, il faut savoir que la colposcopie est un examen indolore
qui se pratique après la mise en place d'un spéculum
permettant d'avoir accès au col utérin. Le microscope
est situé à l'extérieur du vagin (environ
30 cm). Aucun appareillage particulier n'est introduit dans
le vagin ou le col durant cette procédure. La colposcopie
est un examen rapide qui dure, selon l'expérience du
praticien, de 5 à 10 minutes.
3. Comment la colposcopie est-elle pratiquée
?
Un spéculum est introduit à travers le vagin,
permettant ainsi d'écarter les parois vaginales pour
accéder au col utérin. Un lavage du col est réalisé
avec du sérum physiologique. Ensuite, on applique une
solution sur le col pour visualiser les zones anormales qui
apparaissent alors en blanc. Le colposcope est placé
à l'entrée du vagin, ce qui permet de visualiser
le col à des grossissements variables. Si cette blancheur
apparaît anormale, le médecin réalise des
biopsies. Les biopsies sont de très petite taille et
en général pas douloureuses. Le tissu prélevé
est envoyé au laboratoire pour confirmer un diagnostic
et déterminer ainsi si un traitement est nécessaire.
En cas de saignements liés à la biopsie, le médecin
pourra appliquer un produit ou réaliser une cautérisation
pour arrêter le saignement. Cette cautérisation
peut être légèrement douloureuse. Dans ce
cas, quelques saignements peuvent se produire après la
colposcopie durant un à deux jours.
4. Que devez-vous faire après cet examen
?
Il est parfois nécessaire de se protéger durant
les deux jours qui suivent car des sécrétions
peuvent apparaître, liées au colorant utilisé
ou aux saignements qui pourraient suivre les biopsies dirigées.
Parfois, un certain inconfort ou d'exceptionnelles douleurs
peuvent survenir. Il est recommandé d'éviter des
exercices physiques importants dans les 24 heures qui suivent
la biopsie. Il est préférable de ne pas avoir
de rapports sexuels pendant trois jours. De la même façon,
il est recommandé de ne pas se baigner durant les trois
jours qui suivent des biopsies dirigées. Ces précautions
sont suggérées pour réduire le risque de
saignement et d'infection. Cependant, la majorité des
femmes qui reprend une vie normale après des biopsies
dirigées n'a aucun problème. N'hésitez
pas à rappeler votre médecin en cas de pertes
anormales ou de saignements persistants à la suite d'une
colposcopie.
5. Attente des résultats et suivi
Après avoir reçu les résultats des biopsies,
le médecin vous recontactera pour vous informer de la
marche à suivre selon les résultats obtenus. N'hésitez
pas à le rappeler si vous n'avez pas eu de ses nouvelles.
En fonction des résultats, le médecin vous recommandera
de maintenir un simple suivi, ou vous invitera parfois à
revenir le voir pour un contrôle trois à six mois
plus tard si les résultats des biopsies ne montrent pas
d'anomalies justifiant absolument un traitement. Il vous reconvoquera
pour un traitement si les anomalies sont significatives ou persistantes.
6. Quels sont les traitements disponibles
?
Le traitement n'est pas toujours nécessaire et dépend
de la sévérité du diagnostic. L'objectif
est de retirer la tache observée en colposcopie, c'est-à-dire
la zone comportant des cellules anormales le plus souvent infectées
par les papillomavirus. Ce traitement peut consister en une
destruction de la tache si celle-ci est limitée en surface
et tout à fait accessible.
Lorsque les anomalies remontent dans le canal du col, il peut
être possible de proposer une exérèse de
la tache. Les traitements se pratiquent sous anesthésie
locale, le plus souvent en ambulatoire. Il est préférable
de les réaliser sous colposcopie.
Les types de traitement les plus souvent utilisés
sont :
- le traitement au laser qui permet de brûler en surface
et en profondeur la zone anormale,
- l'électro-cautérisation qui permet de façon
moins précise de détruire le secteur anormal,
- l'électrorésection à l'anse diathermique
qui permet de retirer grâce à des anses de dimensions
adaptées un cône du col utérin emportant
les
secteurs anormaux. Ce cône peut être de
différentes dimensions selon l'étendue et la
topographie de la lésion.
La conisation au laser ou au bistouri peut être
pratiquée dans certains cas.
IV. ON VOUS
A ANNONCÉ QUE VOTRE TEST POUR LES PAPILLOMAVIRUS (HPV) EST
POSITIF Dr
J. MONSONEGO
- Les HPV se transmettent par contact sexuel.
Le préservatif ne protège pas toujours d'une exposition
aux HPV.
- L'infection est très fréquente chez les jeunes.
Elle est le plus souvent silencieuse. 70 % des femmes ont été
exposées au moins une fois aux
HPV. Sur 5 femmes exposées aux HPV à
risque, 1 seulement gardera le virus persistant et 80 % vont
spontanément éliminer le virus (clearance)
dans un délai de un à deux ans selon leur
système immunitaire.
- La fréquence des HPV est plus faible chez les femmes
de plus de 30 ans comparée aux jeunes femmes.
- En moyenne 10 % des femmes, après l'âge de 30
ans, sont positives pour les HPVHR.
- La majorité des sujets HPVHR+ ne développe pas
de dysplasie (CIN) ou de cancer.
- Le test HPV négatif est plus précis que le frottis
pour déterminer l'absence de pathologie.
- Dans les pays développés, où les femmes
se soumettent au dépistage et à la détection
précoce régulière, la présence d'HPVHR
n'est pas un
facteur de risque de cancer du col mais plutôt
un indicateur de lésions bénignes (CIN) actuelles
ou futures. L'absence de dépistage est le facteur
à risque le plus important de développer
un cancer du col. Le test HPV apporte l'assurance que les résultats
négatifs du frottis sont exacts. Dans
les pays en voie de développement où les
femmes n'ont pas de dépistage précoce et ignorent
leur portage et ses conséquences, les HPVHR sont
des facteurs de risque puissants du cancer du col. Dans
cette situation seulement, le cancer du col peut se développer
en moyenne vingt années
après l'exposition pour 20 % des cas.
- Les femmes HPVHR positifs persistants sont à risque
de lésions précancéreuses même en
l'absence d'anomalies cytologiques.
- La présence d'HPV n'est pas un marqueur de comportement
sexuel, d'une éventuelle infidélité, et
ne peut déterminer le moment où s'est produite
l'infection.
Sept points clefs sur l'utilisation du test HPV
- Comprendre l'histoire naturelle de l'infection à HPV
et être en mesure de conseiller clairement les patientes
avant l'utilisation du test.
- Rassurer les sujets HPV positifs pour lesquels il n'est pas
possible de dire précisément quand ils ont été
infectés.
- La présence d'HPV à risque ne signifie pas lésion
de CIN ou cancer.
- Ne rechercher que les HPV à risque.
- Le génotypage permettra d'évaluer la persistance
virale au-delà de 12 à 18 mois.
- Ne pas utiliser le test HPV en dépistage primaire avant
30 ans, après frottis HSIL, AGC, ASC-H ou cancer.
- Aucun traitement ne doit être entrepris sur le seul
critère de la présence des HPVHR.